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HISTOIRE DE LA COMEDIE MUSICALE (II)
Par Vanessa GIORNO
DE L’AGE D’OR DES ANNEES 1950 JUSQU’AU RENOUVEAU DU GENRE
« Si les années 1950 furent les années qui ont permis au « musical » de prendre une place grossissante dans la culture américaine, c 'est au moins en partie grâce à la révolution initiée par Rodgers et Hammerstein dans les années 40 [...]. Ainsi les années 1940 ont introduit cette nouvelle règle du jeu et les années 1950 l'ont exploitée. »'
Effectivement, comme le souligne Ethan Mordden dans l'extrait ci-dessus, les années 50 sont réellement considérées comme la période de gloire du « musical » américain, parce qu'elles amènent sur le devant de la scène des nouvelles personnalités qui marqueront l'histoire de la comédie musicale.
1) Les grands noms qui firent des années 1950 une décennie florissante pour Broadway
a) Le retour d'Irving Berlin et de Cote Porter
Irving Berlin, l'homme aux 2000 chansons
Irving Berlin, a enchanté le monde entier au début du siècle et surtout au cours des années 1910 et 1920 avec les grands standards qu'il a composé essentiellement pour des « revues » (spectacles de variétés, sans histoire réelle ni lien évident entre les chansons)(1). Mais il était totalement incertain que ce grand compositeur puisse exceller dans l'écriture de « musicals » selon le modèle de Rodgers & Hammerstein. Les années 1950 sont l'époque de son grand retour et de son succès en tant que compositeur de véritables comédies musicales, comme en témoigne le succès de Call Me Madam (1950, 644 représentations), avec la légendaire Ethel Merman dans le premier rôle féminin. Ce grand homme mourra en 1989, âgé de plus de 100 ans et laissant derrière lui plus de 2 000 chansons ! Il mérite bien l'hommage que lui a rendu Jérôme Kern en disant de lui : "Irving Berlin has no place in American music. He is American music"
Cole Porter, le personnage public
Après l'incroyable succès de Anything Goes en 1934 avec Ethel Merman dans le premier rôle, Cole Porter a connu quelques années sans gloire, à la poursuite du succès. A la fin des années 1940, il est même considéré par certains comme « has been ».
L'année 1948 marque son grand retour sur le devant de la scène avec le spectacle qui restera son spectacle de référence : Kiss me Kate (1077 représentations). Cette comédie musicale mêle la vie sentimentale d'acteurs interprétant La Mégère Apprivoisée de Shakespeare et celle de leurs personnages sur scène. Le jazz, l'opérette et les rythmes latins y sont mis en valeur. Ce sera d'ailleurs la première comédie musicale à remporter un Tony Award. Succès renouvelé en 1953 avec le spectacle Can-Can qui évoque la vie d'une troupe pratiquant clandestinement cette fameuse danse.
En 2004, le film De-Lovely de Irwin Winkler rend hommage au grand compositeur américain et relate sa vie profuse, excessive et sophistiquée en narrant notamment les relations complexes qu'il entretint avec son épouse et muse Linda Lee Porter.
b) Avènement d'un autre duo Immortel : Lerner & Loewe
L'histoire de la comédie musicale doit à Alan Jay Lerner (parolier et librettiste) et à Frederick Loewe (compositeur) une fière chandelle. Le duo a mis au monde l'un des plus célèbres « musical » : My Fair Lady en 1956.
Avec ce spectacle, Lerner et Loewe ont battu Rodgers et Hammerstein à leur propre jeu. Pour beaucoup, cette adaptation de la pièce Pygmalion de George Bernard Shaw est le travail le plus fin que le théâtre musical ait jamais produit, avec un mélange d'éloquence, de mélodie, d'intelligence et de cœur qui n'a été jamais surpassé.
Lors de sa création, les rôles principaux étaient joués par Rex Harrisson (qui jouera également dans l'adaptation cinématographique de George Cukor en 1964) et la célébrissime Julie Andrews.
L'histoire tourne autour d'Eliza Doolittle, une vulgaire marchande de fleurs ambulante à Covent Garden qui accepte de prendre des leçons de diction d'Henry Higgins, célèbre linguiste, afin d'accomplir son rêve de travailler dans un magasin de fleurs. Eliza réussit si bien qu'elle grimpe les échelons sociaux et parvient même à gagner l'amour de Higgins.
Le spectacle fut un véritable phénomène : 2717 représentations, une critique unanime et élogieuse, des prix et des récompenses en grand nombre, des traductions dans plusieurs langues... Après plus d'un demi-siècle, ce « musical » reste l'un des grands noms du théâtre musical mondial.
L'autre grande collaboration de Lerner et Loewe donnera naissance à Camelot en I960, une histoire sur le Roi Arthur qui résume étrangement l'ère Kennedy.
c) Les années 1950 se finissent sur un hit planétaire
En 1957 Bernstein compose West Side Story, un spectacle aussi révolutionnaire qu'avait pu l'être en son temps Porgy and Bess. Ce Roméo et Juliette transposé dans les bas quartiers de New York dénonce de manière implacable l'envers du décor du rêve américain. La réussite de la comédie musicale est d'avoir su adapter avec brio l'histoire originelle et de l'avoir transposée intelligemment dans un New York déchiré par les haines raciales et les problèmes posés par l'immigration dans l'Amérique des années 50.
Les paroles de West Side Story ont été écrites par Stephen Sondheim, qui deviendra quelques années plus tard l'un des plus grands génies du théâtre musical américain.Les chorégraphies (inoubliables) sont signées Jérôme Robbins.
C'est en 1961 que le cinéma s'empare de ce qui deviendra LE classique que l'on
connaît : la réalisation est confiée à Robert Wise (The Sound ofMusic - La Mélodie du Bonheur en français) et la distribution réunit une pléiade de stars. Le film obtiendra 10 oscars et une postérité sans égal.
2) Les années 1960 : de la gloire aux doutes
Les années 60 étaient un moment de bouleversement politique et culturel. Le « musical » de Broadway a commencé la décennie avec une sorte furie créatrice et l'a fini avec quelque chose qui ressemble à une dépression nerveuse. Le musical traditionnel de Broadway a eu une période très généreuse qui va de 1964 à 1966. Six comédies musicales créées pendant cette période de trois ans ont excellemment fonctionné avec plus de 1000 représentations - une récolte sans précédent de hits. Avec des scripts solides et des productions bien ficelées, ces spectacles furent les derniers « musicals » de « l'ère post-Oklahoma ! » initiée par Rodgers and Hammerstein. Ces six glorieux spectacles sont :
- Hello Dolly ! (1964, 2844 représentations) : paroles et musique de Jerry Herman, livret de Michael Stewart
- Funny Girl (1964, 1348 représentations) : musique de Jule Styne et paroles de Bob Merrill. Ce spectacle éleva la jeune Barbra Streisand au rang de star.
- Fiddler on thé Roof (Un violon sur le Toit - 1964, 3242 représentations) : une comédie poignante sur la montée du bolchevisme et du sionisme. Dirigée parle chorégraphe Jérôme Robbins, musique de Jerry Bock, paroles de Sheldon Harnick, livret de Joseph Stein. Notons que Un Violon sur le Toit fut l'un des rares spectacles
anglo-saxons à remporter un vif succès en France.
-Man of La Mancha (L'Homme de la Mancha - 1965 - 2328 représentations) : adaptatiqn du Don Quichotte de Cervantes par le compositeur-Mitch. Leigh, le librettiste Dale Wasserman et le parolier Joe Darion. Cette comédie musicale fut adaptée en français par Jacques Brel et jouée pour la première fois en France en 1968. Il en restera des classiques impérissables comme la chanson « La Quête ».
- Marne (1966, 1508 représentations) : autre gros succès de Jerry Herman après Hello Dolly en collaboration avec Jérôme Lawrence et Robert E. Lee, avec Angela Lansbury dans le rôle titre.
Cabaret (1966, 1165 représentations) : célébrissime comédie musicale signée John Kander (musique) et Fred Ebb (paroles). Le spectacle se situe dans le Berlin des années 30 et est un regard poignant sur la montée du nazisme. Le show sera adapté au cinéma par Bob Fosse en 1972, avec Liza Minelli dans le rôle principal féminin. Sans aucun doute, les six spectacles ci-dessus demeurent parmi les plus célèbres et les plus joués à travers le monde. Mais ils furent les derniers de leur ère, car à la fin des années 1960 l'Amérique battait à un rythme différent, et le musical de Broadway était sur le point d'entrer dans une nouvelle ère. Que se passait-il ? C'est relativement simple : à la fin des années 1960, l’abîme était grandissant entre deux générations. Les jeunes étaient marqués par une culture rock émergente (« Sex, Drugs and Rock'n_Roll »), et s'opposèrent donc à la culture populaire classique et à « l'establishment » qui a toujours inclus Broadway. Plusieurs vétérans comme Irving Berlin se sont retirés de Broadway avec dégoût pour cette nouvelle vague, et nombreux furent ceux qui constatèrent que les modèles et les formules qui avaient fonctionné pendant des décennies étaient soudainement inacceptables.
Hair en 1969 (1742 représentations) est le spectacle de cette nouvelle génération qui se rebelle contre « l'establishment ». Cette explosion de rock, de revendications révolutionnaires et de scènes profanes (le spectacle se terminait par la vision de la nudité frontale de la troupe) a totalement bouleversé les codes alors en place à Broadway. En bref, à la fin des années 1960, le « musical » est dans une telle phase de remise en question que beaucoup ont à l'époque considéré que le genre était mort. Heureusement, dès les années 1970 un vent nouveau souffle sur Broadway et le théâtre musical.
Footnote
(1) (1) Ethan Mordden, Corning Up Rosés: The Broadivay Musical in thé 1950s (New York: Oxford University Press, 1998), pp. 26-27.
Extrait de LE DEVELOPPEMENT DES COMEDIES MUSICALES EN FRANCE:PHENOMENE DE MODE OU TENDANCE DE FOND DANS LE PAYSAGE CULTUREL FRANÇAIS?
A SUIVRE …
06/06/2007
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