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COMEDIE MUSICALE & CINEMA (II)
Par Vanessa GIORNO

Une concurrence féroce entre les studios hollywoodiens pour se partager la poule aux œufs d'or
1) Busby Berkeley renouvelle le film musical et fait la gloire de la Warner
Le second souffle du film musical viendra essentiellement de l'apport d'un homme : Busby Berkeley que la Warner a engagé en 1933 et pour laquelle il réalisa le film qui marquera le renouveau du genre et le style Berkeley : 42nd Street (1933). Berkeley fut le premier réalisateur de film à comprendre que les chorégraphies filmées impliquent à la fois et tout autant le placement et le mouvement de la caméra que celui des danseurs. Au lieu de filmer les numéros depuis des angles fixes, il a placé ses caméras sur des perches en mouvement et sur des rails, n'hésitant jamais à percer le plafond des studios pour trouver la bonne prise de vue ! En quoi les shows de Berkeley ont-ils marqué l'histoire du film musical ? C'est lui qui a porté le premier le « grand spectacle » à l'écran, grâce à ses dizaines de « girls », ses décors somptueux et extravagants, son univers visuel surréaliste, ses effets visuels (jeux de lumière, de miroirs, amples mouvements de caméras...), le rythme effréné de ses films... Busby était un véritable visionnaire, un génie, qui, avec son expérience des chorégraphies militaires (il a dirigé des parades militaires pendant la première guerre mondiale), et des shows à Broadway (il a chorégraphié de nombreux spectacles au théâtre), a su imposer son style et faire repartir un genre qui s'essoufflait au milieu des années 1930. Parmi ses plus grands succès qu'il a réalisés pour la Warner, on trouve : 42nd Street (1933), Gold Diggers of 1933 (1933), Footlight Parade (1933), Dames (1934), Gold Diggers 0/7935 (1935)... En 1939, pour des raisons financières, Busby Berkeley passe de Warner à MGM où il continuera de réaliser avec des moyens encre plus importants les grands ballets dont il est le spécialiste. A l'exception de Columbia, chaque studio Hollywoodien des années 30 a eu son propre modèle de « musical », et sa propre série de têtes d'affiche. Tout se passait comme si chaque studio avait sa propre formule pour profiter de la poule aux œufs d'or que représentait la production de films musicaux. 2) La « vache-à-lait » de la Twentieth Century Fox
L'une des figures les plus rentables des stars du cinéma fut l'adorable Shirley Temple dans les années 1930, pour le compte de la Fox. Cette petite fille talentueuse aux charmantes anglaises a fait les belles années du studio avec près de 15 films entre 1934 et 1939, date à laquelle elle n'avait que 11 ans. Le jeu et les chansons de Shirley étaient très naturels, son enthousiasme et son charme étaient irrésistibles. Aimée par les enfants comme les adultes, sa frimousse était devenue un incontournable et apparaissait même sur des boîtes de déjeuner, des poupées et d'autres objets à collectionner... Mais Shirley arrêta de faire des films à l'adolescence et la Fox perdit son principal atout. Cependant le studio a pu continuer à produire des comédies musicales à succès grâce à une batterie d'actrices qui tinrent les premiers rôles et qui enchantèrent les militaires comme les civils pendant la seconde guerre mondiale. La plupart des ces films étaient fondés sur la même recette : une femme américaine (généralement blonde) essaye de retenir son homme pour ne pas qu'il tombe dans les travers de ce monde décadent qu'est le show-business. 3) Le couple star de la RKO : Fred Astaire et Ginger Rogers
La RKO réunit le couple mythique de l'histoire de la comédie musicale pour la première fois en 1933 dans le film intitulé Flying down To Rio (Carioca, en français), mais ils ne dansent qu'un seul numéro. Leur potentiel est malgré tout reconnu, ils partagèrent alors la tête d'affiche de The Gay Divorcée (La Joyeuse Divorcée, 1934), film dont la musique fut composée par le célèbre Cole Porter. Ils inventèrent avec ce film la formule qui fit le succès de tous leurs films : un danseur playboy et une partenaire naïve mais courageuse, des confusions sur l'identité des personnages, des histoires d'amour et des danses «joue contre joue ». Le film Top Hat (Le Danseur du Dessus, 1935) répond en tout point à cette formule et fut pour la RKO le plus gros succès financier des années 30. Leur complicité évidente et indéfinissable leur donnait un charme irrésistible et une élégance à toute épreuve. La RKO a donc surfé sur le succès de cette formule en produisant 5 autres films avec Fred Astaire et Ginger Rogers, tous composés par des grands noms de la comédie musicale et du jazz (Jérôme Kern, Irving Berlin, George Gershwin...) : Roberta (1935), Follow The Fleet (En Suivant la Flotte, 1936), Swing Time (1936), Shall We Dance (1937) et Carefree (1938). Leur dernier film ensemble à la RKO fut The Story of Vernon and Irène Castle (La Grande Farandole) en 1939. Chacun à cette époque avait le désir de mener une carrière solo, ils arrêtèrent donc leur collaboration, au grand dam de la RKO. 4) Le règne incontesté de la MGM, le rôle d'Arthur Freed
La Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) est incontestablement le studio des comédies musicales. Depuis les années 30 jusqu'à la fin des années 50, la MGM a régné en maître sur la comédie musicale Hollywoodienne. Toute commence en 1929 par la première comédie musicale de ce studio : The Broadway Melody, un succès tel qu'il fit gagner à la MGM son premier Oscar et que le titre Broadway Melody sera repris par la MGM pour trois autres de ses productions en l'espace de dix ans (1935, 1937 et 1940). En 1938, la firme engage Arthur Freed, alors compositeur, comme producteur délégué aux comédies musicales. Ce fut véritablement l'homme de la MGM et à la fois l'homme de la comédie musicale. Sur une période de 20 ans environ, Freed a produit pour la Métro quelques unes des lus célèbres comédies musicales de l'histoire du cinéma, apportant à la MGM 21 Oscars et plus de 280 milliards de dollars de recettes ! L'intelligence de Freed a été de savoir s'entourer des talents les plus remarquables du milieu. Freed a attiré à la MGM l'élite des chorégraphes (Gène Kelly), des réalisateurs (Vincente Minelli, Busby Berkeley, Stanley Donen), des paroliers, des acteurs (Judy Garland, Gène Kelly, Fred Astaire...), donnant à chacun la possibilité de s'exprimer. C'est Freed qui assurera la seconde carrière de Fred Astaire et lancera Gène Kelly dont il imposera le physique jugé peu convaincant par les dirigeants de la M.G.M. La présence de Freed incite la M.G.M. à acheter des droits et à mettre sous contrat acteurs et danseurs. Réciproquement, le fait d'avoir autant de spécialistes du genre sous contrat amène la Métro à initier une véritable politique de production de films musicaux. Un petit échantillon des films produits par Arhtur Freed à la MGM : - The Wizard Of Oz: (Le Magicien d'Oz: 1939) de Victor Fleming, avec Judy Garland: 2 Oscars dont celui de la meilleure chanson pour « Over the rainbow ». - Cabin In The Sky (Un Petit Coin aux deux, 1943) de Vincente Minelli avec Louis Armstrong - Meet Me In Saint Louis (Le Chant Du Missouri, 1944) de Vincente Minnelli, avec Judy Garland : 4 nominations aux Oscars - Anchors Aweigh (Escale à Holly\voodt 1945) de George Sidney, avec Gène Kelly, Frank Sinatra : Nomination aux Oscars pour Gène Kelly dans la catégorie Meilleur Acteur. - The Ziegfeld Follies (1946) de Vincente Minelli avec Fred Astaire, Gène Kelly. Le film réunit les deux danseurs prodigues, dans ce qui demeurera leur seul et unique duo. - An American in Paris (Un Américain à Paris, 1951) de Vincente Minelli avec Gène Kelly : Sur ses huit nominations aux Oscars, il en remporte six dont celui du meilleur film (troisième comédie musicale de l'histoire du cinéma). - Singin' In The Rain (Chantons sous la Pluie, 1952) de Gène Kelly et Stanley Donen, avec Gène Kelly : film considéré ajuste titre comme le chef d'oeuvre de la comédie musicale américaine. - Gigi (1958) de Vincente Minelli avec Maurice Chevalier, sur une musique de Lerner & Loewe : le film fut l'un des plus gros succès de la MGM. Avec 9 Oscars dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. Gigi restera la dernière comédie musicale de qualité produite par la MGM. Le film marque la fin d'une ère pour la MGM mais aussi la fin d'un genre, l'âge d'or de la comédie musicale au cinéma se termine sur cet énorme succès. Extrait de LE DEVELOPPEMENT DES COMEDIES MUSICALES EN FRANCE:PHENOMENE DE MODE OU TENDANCE DE FOND DANS LE PAYSAGE CULTUREL FRANÇAIS? A SUIVRE …
12/06/2007
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