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DEVELOPPEMENT DES COMEDIES MUSICALES EN FRANCE (II)
Par Vanessa GIORNO
LE GRAND RETOUR DU THEATRE CHANTE
Notre-Dame de Paris : récit d'en accident bien chanceux
Après Starmania, il y eut un grand vide durant quasiment 2 décennies, jusqu'à ce que Luc Plamondon se relance dans une grande aventure qui donna naissance au spectacle à succès : Notre-Dame de Paris.
Au départ, cette aventure naît d'une alchimie entre deux personnes : Richard Cocciante et Luc Plamandon. En 1998, ils projettent de monter une comédie musicale en étroite collaboration. Ensemble, ils démarchent de nombreux producteurs pour obtenir un budget, mais le projet est sans cesse rejeté. Personne n'y croit ; tout le monde pense que la comédie musicale ne sera jamais un genre assez apprécié en France pour être rentable. Sans l'avoir vraiment cherché, les deux amis, se retrouvent un peu par hasard à essayer de convaincre Charles Talar de produire Notre Dame de Paris. A cette époque là, cet homme, que l'on qualifie un peu de dernier aventurier du métier aujourd'hui, n'a aucune affaire en cours, et cherche justement à se lancer sur un nouveau projet. Mais il hésite. Il décide d'en parler à un ami, et ensemble, ils rencontrent à nouveau Cocciante et Plamandon. Le compositeur leur fait écouter « Belle », cet hymne à l'amour qu'il avait écrit plusieurs années auparavant et qu'il avait gardé au fond d'un tiroir. Talar donne enfin son accord. Ensemble, ils arrivent à la conclusion que le lancement de Notre Dame de Paris nécessite un budget de l'ordre de 1,5 M€. Mais ils ne disposent pas de tout cet argent. Charles Talar décide de sortir le disque de la comédie musicale avec Pomme Music, sa propre société de production, afin que les bénéfices générés par la vente des disques permettent de financer la production. Mais l'argent fait encore défaut. C'est lors d'une partie de golf que Charles Talar rencontre celui qui lui permettra de poursuivre cette aventure. Cet ami inconnu explique qu'il a entre ses mains un budget de 1,2 millions d'€ destiné à un projet pour SFR qui venait de se désister... « Ça tombe bien! J'ai une proposition à te faire... », et c'est ainsi que Charles Talar trouve enfin investisseur, sous réserve de se voir verser 5% du budget du sponsoring (soit 30 300 € environ).
C'est alors que se produit un bienheureux quiproquo : Charles Talar ayant cru que son ami voulait recevoir 5% de la production, s'est empressé de rédiger un contrat. Cette somme (1,2 M€) représente le budget de production; le préfinancement de l'exploitation est issu des avances sur recettes et des avances sur ventes de disques. En effet, « Belle » se révèle être un succès et se vend à 2,5 millions d'exemplaires. Suite à l'incroyable succès de Notre Dame de Paris, cet inconnu s'est trouvé bien plus enrichi qu'il ne l'avait espéré.
La déferlante qui s'en suit
Un an après sa sortie, .Votre Dame de Paris est estampillé "phénomène de société de cette fin de siècle". C'est le succès le plus important de la scène française (ou plutôt francophone) depuis plus de 20 ans et sa rentabilité est très nettement supérieure à celle d'une comédie musicale de Broadway ! Trois ans après son ouverture, plus de 3,5 millions de personnes dans le monde l'ont appréciée. La chanson Belle est LA chanson de l'année 1998, elle est désignée comme chanson du siècle, tandis que 8,5 millions d'albums et de singles ont été écoulés. Par ailleurs, plus d'1 million de vidéos du spectacle ont été vendues. Le spectacle monté au Palais des Congrès par Gilles Maheu révèle de nombreux artistes : Hélène Ségara, Julie Zenatti, Garou, Patrick Fiori, Luck Mervil, et Bruno Pelletier qui jouait déjà le rôle de Johnny Rockfort dans Starmania. Daniel Lavoie, rendu célèbre avec son titre Ils s'aiment, fait également partie de la distribution. Le spectacle affiche complet en France et au Québec. 11 est également joué en français à Toronto et adapté dans une version courte à Las Vegas au Paris Hôtel, puis à Londres en juin 2000. La dernière version de Notre-Dame de Paris a débuté à Mogador en septembre 2001 et remporte elle aussi un franc succès. «A Paris, le succès de Notre-Dame a rebondi aussi sur la fréquentation des parkings, des commerces, des bars du palais des congrès, porte Maillot», précise Charles Talar. Notre-Dame a doublé le nombre des inscriptions aux auditions de l'école d'Alice Dona; puisé le webzine Reg@rd en coulisse (www.regardencoulisse.com), spécialisé dans le théâtre musical: 500 visites par mois en mars 1999; 11 000 en avril 2000. «Notre-Dame a décomplexé le public et les producteurs », commente son rédacteur en chef, Sébastien Durand. Les professionnels du milieu pensent que Notre Dame de Paris a certainement élargi le public du Théâtre Musical en France pour lui permettre d'aller vers d'autres œuvres.
Le « boom » des comédies musicales françaises
1) Un engouement qui fait croire à un nouvel Eldorado
Notre-Dame de Paris a marqué le début du « boom » des comédies musicales. Le succès de ce spectacle a montré que, contrairement aux idées reçues, le public français pouvait apprécier une certaine forme de comédies musicales. Du coup, producteurs, maisons de disques, auteurs-compositeurs se sont engouffrés dans la brèche qui s'était ouverte.
Le mirage de Notre-Dame a emporté dans le fossé La Cage aux folles et Sept Filles pour sept garçons, et placé des poids lourds sur les starting-blocks. Entrent donc en scène, par ordre d'apparition, Irma la Douce, Da Vinci, Les Mille et Une Vies d'Ali Baba, Les Dix Commandements, de Pascal Obispo, Lionel Florence et Patrice Guirao, dans une mise en scène d'Elie Chouraqui et Roméo et Juliette, de Gérard Presgurvic.
Les grosses productions se lancent toutes sur le même principe, à grand renfort de communication et de marketing. Les singles tournent en boucle entre 1 an et 6 mois avant le spectacle et les interprètes sont présents sur tous les plateaux télé. Ali Baba est un échec relatif : seulement 60 000 réservations avant le début réel du spectacle et seulement 411 000 disques vendus. La rentabilité n'est pas assurée et le spectacle ne restera que quelques semaines à l'affiche du Zénith de Paris.
A l'inverse Les 10 Commandements et Roméo et Juliette sont deux énormes succès,
à l'instar de celui de Notre-Dame de Paris.
Avec un budget de départ de 8.5 millions d'€, le spectacle Roméo et Juliette, écrit
par Gérard Presgurvic, comptabilise aujourd'hui plus de 6 millions de disques
vendus (1). Quant aux 10 Commandements, avec un budget de 7.6 millions d'€, le spectacle a vendu plus de 4 millions de disques et de vidéos, et a été vu par 1.8 millions de spectateurs (2)
2) Un phénomène de mode ?
La mauvaise année 2002 pour les comédies musicales et la morosité du marché du disque auraient pu marquer un coup d'arrêt à un engouement que l'on pensait établi. Selon Stéphane Ly-Cuong, corédacteur en chef du e-magazine regardencoulisse.com
« Beaucoup de producteurs ont essayé de surfer sur ce succès pour se faire de l'argent. Par manque de qualité des spectacles, l'engouement est quelque peu retombé. On l'a vu l'année dernière avec L'Ombre d'un géant ou Cindy Cendrillon 2002 »
On a donc pu croire à un phénomène de mode dont la mort était assurée après quelques beaux succès que beaucoup pensaient non-renouvelables. La rentrée 2003-2004 a complètement démenti cette tendance. Trois grands spectacles musicaux se sont disputés le haut de l'affiche pour la rentrée 2003-2004 : Les Demoiselles de Rochefort (adaptation du film de Jacques Demy produite par Gérard Louvin), Autant En Emporte le Vent (écrit par Gérard Presgurvic, produit par Dove Attia) et Belles, Belles, Belles (également une production signée Louvin qui reprend les plus grands succès de Claude François). C'est un véritable choc de titans, les budgets de ces blockbusters oscillent entre 4.5 et 10 millions d'€.
Même si les producteurs investissent toujours autant d'argent voire plus dans les spectacles, les mentalités de ceux-ci ont changées, les échecs de Cindy et de L'Ombre d'un Géant, ont permis plus de lucidité dans la création des spectacles et ont surtout institué une prise de risque moins grande. Les créations originales sont écartées, et ce sont des adaptations, des valeurs sûres qui sont choisies pour construire les spectacles : un film mythique du cinéma français pour Les Demoiselles de Rochefort, un roman best-seller de Margaret Mitchell pour Autant En Emporte le Vent et les chansons de l'idole Claude François pour Belles, Belles, Belles.
Mais, si Autant en Emporte le Vent sort son épingle du jeu (500 000 spectateurs et environ 300 000 singles vendus (3)), les autres spectacles sont des échecs retentissants, les salles sont à moitié vides et certaines dates de tournée doivent être annulées. Les Demoiselles ne réuniront que 100 000 spectateurs (encore moins que Cindy, avec 125 000 spectateurs). Quant à Belles, Belles, Belles, malgré un casting prometteur incluant une des recrues de la Star Ac' 2003, le spectacle fut un gouffre financier pour Gérard Louvin avec seulement 75 000 spectateurs et des ventes de disques très en deçà de celles escomptées. Alors, ras le bol de Cloclo ? Peut-être...Mais c'est surtout le modèle économique des comédies musicales à la française qui ne fait plus ses preuves, c'est pourquoi nous allons nous pencher dans les paragraphes suivants à décortiquer ce « modèle français ».
……
Extrait de LE DEVELOPPEMENT DES COMEDIES MUSICALES EN FRANCE:PHENOMENE DE MODE OU TENDANCE DE FOND DANS LE PAYSAGE CULTUREL FRANÇAIS?
FOOTNOTE
1) Source : Musique Info Hebdo, 24 octobre 2003.
2)Source : Regard en coulisse
3) Source : Regard en coulisse
A SUIVRE …
18/06/2007
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